François Fillon avait déjà évoqué la possibilité de remplacer le jour férié du 8 mai par celui du 9 mai. Le 9 mai - fête de l'Europe - commémorerait un discours de Robert Schuman, lançant les bases
de la future CECA. Or, force est de constater que personne ne sait que le 9 mai correspond à la fête de l'Europe et surtout que personne ne se souvient de ce qui s'est passé le 9 mai 1950. Dans
l'imaginaire collectif national, la date du 9 mai n'a aucun sens, aucune valeur symbolique. En revanche le 8 mai, qui marque l'anniversaire de la victoire des Alliés en 1945, est lourd de sens tant
sur les plans historique que symbolique. 99,9% des Français connaissent la signification du 8 mai férié. Et pourtant, c'est ce 8 mai que François Fillon voudrait abolir ...

Fait encore plus marquant, la récente proposition du Secrétaire d'Etat aux Anciens combattants, Jean-Marie Bockel. Ce dernier souhaiterait faire du 11 novembre un jour de la paix et de la mémoire,
c'est-à-dire en quittant la langue de bois habituelle de ces hommes politiques un 11 novembre vidé de son Histoire. Un 11 novembre tel une coquille creuse dans laquelle le pouvoir décidera ce qu'il
veut y mettre, selon son bon vouloir et selon les exigences du moment. Pourtant, le 11 novembre n'est rien sinon la commémoration de l'armistice de 1918. Par respect pour les victimes civiles et
militaires de la Grande Guerre il m'apparaît donc scandaleux de sacrifier leur mémoire sur l'autel d'une pseudo-fête de la paix et de la mémoire.
Les Français devraient toujours se méfier lorsque les politiques - quel que soit le prétexte invoqué - commencent à s'en prendre aux fêtes nationales et plus généralement à leur Histoire. Ces
vélléités de changement sont systématiquement présentées comme un souci de réconciliation. 90 ans après, la Première Guerre Mondiale ne fait plus guère débat, que ce soit au sein de la France
ou entre la France et ses ennemis de l'époque. La réconciliation est donc un faux prétexte et la motivation de ces préoccupations est toute autre. En effet, le 8 mai et le 11 novembre à plus forte
raison sont deux fêtes nationales, deux fêtes qui marquent la mémoire de l'Histoire de France. Trop franco-français, trop franco-centré. L'Histoire de France en France a assez duré, on s'attache
désormais à la détruire. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu'il faut que
n'importe qui puisse s'identifier à partir d'aujourd'hui dans cette Histoire, et plus seulement les Français. Et
comme bien sûr c'est là une entreprise vaine et impossible, on réécrit l'Histoire. Un 11 novembre jour de paix et de mémoire, à peu près tous les habitants de notre planète peuvent s'y reconnaître
et y trouver un lien avec leur propre passé. Certains auront peut-être quelques difficultés à célébrer la paix, mais ils feront au moins semblant pendant une journée. Cette nouvelle mouture du 11
novembre fait de lui une commémoration universelle, quand le vrai 11 novembre n'a de sens qu'entre les quatre les coins de l'Hexagone.
Etonnamment, ces changements correspondent à une époque où les flux migratoires extra-européens à direction de la France vont croissants. De là à y voir un lien, il n'y a qu'un pas ...