Il est toujours intéressant de se pencher avec un peu plus de précision sur le coût des projets de transport à Paris. Certes, cela demande de consacrer quelques minutes de son temps à rechercher
une information pas toujours mise en évidence - et pour cause - sur les sites concernés. Mais l'effort est récompensé par de terrifiantes découvertes ...
On y apprend donc que le contrat de plan Etat-région s'est élevé à 214,11 millions d'euros pour le financement du tramway T3 sur les maréchaux. Et ce n'est pas fini ! A cette somme s'ajoutent
l'achat de rames (52,8 millions d'euros et le coût de fonctionnement de 8,9 millions d'euros par an. Restent encore 44,4 millions d'euros de "requalification urbaine". L'équipe municipale
parisienne a une facheuse tendance à pondre des expressions qui ne veulent rien dire - à moins que je ne sois pas encore initié aux coutumes bobos ? -. Autre exemple trouvé sur le site de la mairie
: les "espaces civilisés". Quand je pense que la clique Delanoë nous propose bientôt une Fête des Mots à Paris, sur le modèle de la Nuit Blanche, j'imagine difficilement qu'il puisse s'agir d'autre
chose que d'une violation de notre langue. Bref, "requalification urbaine" veut tout simplement dire destruction des revêtements de chaussée de toutes les rues perpendiculaires aux maréchaux et au
passage du tramway, puis dans un deuxième temps pose d'un nouveau revêtement, avec souvent une rangée de petits pavés inutiles par-ci, une série de pavés octogonaux par-là. Un immense gâchis
d'argent quand on a pu constater que la chaussée une fois refaite était la plupart du temps détruite une seconde fois parce qu'on avait malheureusement oublié de changer un tuyau en dessous. Ou
peut-être parce que l'entreprise de BTP concernée par les travaux ne s'en était pas mis assez dans les poches (version non officielle!).
Environ 300 millions d'euros, donc, pour construire un tramway du Pont du Garigliano à la Porte d'Ivry. Sûrement pas suffisant pour prendre une fin. Voilà qu'on nous sert sur un plateau doré le
deuxième acte : le prolongement de cette même ligne du tramway jusqu'à la Porte de la Chapelle. Cette fois, le coût du prolongement s'élève à 615 millions d'euros, et il ne s'agit que de
prévisions. Plus 67 millions pour l'achat du matériel et 137 millions d'euros de "requalification urbaine". Delanoë ne recule devant rien, il récidive. Le prolongement va sûrement coûter près de
1000 millions d'euros. Et qui paye ? Le contribuable parisien, pas Delanoë. Car Delanoë fait partie de la classe qui ne paye jamais rien en proportion de ce qu'elle gagne, trop riches pour
payer, et de l'autre côté la classe de ceux qui ne payent rien, trop pauvres pour payer (soit-disant) est en constante augmentation. Du coup, c'est logique, la petite tranche du milieu, les restes
de la classe moyenne, voient leurs impôts locaux constamment augmenter. Et cette augmentation ne peut que s'amplifier avec ces nouveaux travaux inconsidérés ! Qu'on ne se méprenne pas, l'Etat, la
région Ile de France, la Ville de Paris, ne sont rien sans l'argent du contribuable moyen. Il ne faudra pas non plus s'attendre à un arrêt de l'augmentation année après année des tarifs des
transports, bien sûr.
Au final, le tramway n'a absolument pas réduit le nombre de voitures en circulation dans Paris et les usagers sont aussi serrés dans le tramway qu'ils l'étaient avant dans les bus PC. Mettre
en circulation davantage de PC et pourquoi pas envisager d'introduire des bus au méthane moins polluants m'auraient semblé des solutions plus sages et surtout plus économiques. Aussi moins
alléchantes pour les entreprises de BTP, je le reconnais.
D'autres grands travaux sont en cours, notamment le prolongement de plusieurs lignes de métro. Je reviendrais uniquement sur le prolongement de la ligne 4 jusqu'à Bagneux. Rien que pour prolonger
de la Porte d'Orléans à la mairie de Montrouge (1km, un trajet réalisé par de nombreux bus et qui à pied ne demande pas plus de 15min de marche), les estimations portent le coût à la somme de 169,1
millions d'euros. On remarquera la démesure du coût pour un tronçon ridiculement petit. Quant à la deuxième partie, de la mairie de Montrouge à Bagneux, le coût est estimé à 240 millions d'euros,
hors matériel roulant.
Mis bout à bout, tous les projets de transports à Paris (et plus généralement en Ile de France) impliquent des dépenses colosales. Par contre, pas un centime n'est dépensé pour rendre plus
agréables les conditions de voyage. Pas un centime n'est dépensé pour rendre le métro propre, par exemple. Pas un centime non plus pour changer les rames de métro, usées jusqu'à la corde par des
années de service et dont les pneus dégagent des gaz toxiques au moindre brusque freinage. Pas un centime non plus pour qu'enfin les usagers puissent prendre le métro et rejoindre leur
destination sans problème. Car oui, il n'y a pas un jour où le réseau métropolitain parisien ne soit touché par des avaries de matériel, par des voyageurs malades (info ou intox ?), par des
problèmes de signalisation, par des problèmes de régulation du trafic ... Au prix du ticket, on peut légitimement exiger une meilleure prestation !
Creuser des trous est devenu l'activité reine de notre pays. Les transports en commun sont d'ailleurs désormais un des piliers de notre développement, quand bien même un pilier inutile et qui
n'est créateur d'aucune richesse.
Le budget 2008 de la région Ile de France nous confirme cette tendance : près de 1000 millions d'euros pour les transports, 100 millions d'euros pour la recherche et l'innovation.
Bouygues, ça vous évoque quelque chose ?